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Tensions entre la Pologne et la Chine autour de la question tibétaine.

samedi 26 avril 2008.
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Le gouvernement chinois a fait savoir qu’il se sentait gêné au moment où le conseil municipal de la ville de Varsovie se mettait à soutenir l’indépendance du Tibet, mais aussi parce qu’il a lancé une invitation au Dalaï Lama. L’ambassade de la Chine à Varsovie a fait savoir à travers l’une de ses représentantes, Madame Yu Rouline, que le gouvernement n’appréciait pas les accusations injustifiées et harcelantes que proliférait le gouvernement local de cette ville à l’égard du gouvernement de la république populaire de Chine.

La diplomate chinoise a ainsi expliqué en ces quelques termes que les troubles qui s’étaient produits au Tibet n’avaient rien d’une marche pacifique, et que l’invitation polonaise qui a été faite auprès de Dalaï Lama restait infondée. Elle a demandé à ce que le gouvernement local de Varsovie ne reproduise pas toute forme d’action qui puisse discréditer le gouvernement chinois.

Le ministre polonais chargé des affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, lui a répondu qu’il n’avait aucune autorité vis à vis des gouvernements locaux. L’une des représentantes de ce conseil , Malinowska-Grupinska, lui a répondu qu’en Pologne, on disposait du droit de présenter sa propre opinion, et qu’elle était surprise que cela ne soit pas si fréquemment le cas en Chine. Elle lui a aussi fait savoir que l’invitation du Dalaï Lama était toujours de mise et que rien n’avait été changé. Maciej Maciejowski, appartenant au parti politique Droit et Justice, est lui même intervenu en expliquant que le fait que les droits de l’homme ne soient pas respectés au Tibet puisse retenir l’attention de différents représentants politiques polonais. Le conseil en question avait organisé un mouvement de protestation, afin de soutenir la cause tibétaine, auquel s’étaient joints de nombreux polonais. De même la présidente de la ville de Varsovie, Anna Gronkiewicz Waltz, s’est entretenue avec les autorités tibétaines en exile afin de commencer une certaine coopération.

De l’autre côté, la plupart des polonais sont opposés à ce que les sportifs polonais se mettent à boycotter les jeux olympiques de Pékin. Ils sont plus de 78% à être opposés à ce boycott des jeux olympiques et 59% d’entre eux estiment que la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques ne doit pas être boycottée.

A l’heure actuelle, la question tibétaine fait partie d’une des nombreuses questions de l’évolution géopolitique de ce pays. Formée par l’empereur Tsin deux siècles avant Jésus Christ, ce pays a su conserver une grande partie de ses territoires grâce à un fort pouvoir central. Si la langue officielle est le chinois, ce pays contient de très nombreuses régions et provinces avec des groupes linguistiques tous différents, à un tel point qu’une très grande partie des chinois s’exprime en deux langues, la langue officielle et la langue de leur région.

Si la Chine a été gouvernée pendant longtemps par des empereurs, elle a aussi connue une révolution communiste qui conserve de nos jours le pouvoir, à la différence d’autres pays tel que la Russie qui commence à tourner la page vers un nouvel avenir. Pour s’adapter à l’évolution de l’économie mondiale, les différents gouvernements successifs chinois ont développé le libéralisme étatique, où c’est l’État chinois qui promeut un système de grande rentabilité économique à travers le développement de l’ensemble des secteurs économiques. Ce mouvement s’est créé progressivement, il est avant tout le résultat d’une lutte politique interne entre d’anciens dirigeants communistes chinois, entre les partisans d’un communisme dur, plus accentués sur les idées marxistes de base, et les partisans d’un communisme adapté, plus souple. C’est la seconde tendance qui a pris le dessus, à un tel point que certains observateurs ont pu se demander si la Chine n’avait plus que de communiste le nom du parti politique au pouvoir. Nonobstant, les luttes politiques internes au sein du gouvernement chinois rappellent exactement le même genre de conflit entre les premiers dirigeants communistes russes dont notamment les importantes prises de positions différentes entre Staline et Trotski.

Dans le cadre du peuple chinois, celui-ci a souvent souffert des pénuries alimentaires de l’époque de Mao Zedong, partisan d’un communisme dur, et opposant politique aux partisans d’un communisme souple qui eux étaient favorables à de plus fortes productions dans tous les domaines. Il s’agissait à l’époque de favoriser le système de la riziculture. Ce fut le début du cycle de la riziculture. Le postulat de base consiste à produire plus pour nourrir plus. Pour produire plus, il fallait aussi plus de main d’oeuvre. Parce qu’on produisait plus, alors le peuple chinois disposait de plus de denrée alimentaire, réduisant ainsi les cas de mortalité infantile, et favorisant la fertilité, qui elle même fut à la source d’une main d’oeuvre plus prolifique. Le constat, au bout de trois décennies, c’est un peuple chinois devenu extrêmement important en nombre d’habitant, d’où les mesures prises par le gouvernement communiste en vu d’imposer un seul enfant par famille, à l’exception des familles les plus riches qui peuvent payer l’État chinois pour avoir le droit d’avoir plus qu’un sel enfant. Néanmoins, ceci fut à la source de grands scandales en Chine : les familles qui ne pouvaient avoir qu’un seul enfant, et dont l’enfant n’était pas un enfant mâle, ceci signifiait la disparition de la transmission du nom de famille, ce qui avait conduit à la découverte de nombreux bébés morts dans les villes chinoises.

A l’heure actuelle, il est évident que le peuple chinois ne connaît pas une évolution des libertés fondamentales tel que nous en disposons en Europe. Néanmoins, le territoire européen reste assez privilégié par rapport à l’ensemble de la planète, mais sa situation ne lui permet pas de jouer les donneurs de leçon. D’une part, parce que l’histoire de l’évolution des républiques européennes est loin de fournir le meilleur des exemples, aussi bien pour le droit interne, comme pour les comportements internationaux. En droit interne, si la France s’imagine être un des précurseurs avec sa déclaration des droits de l’homme, ce fut aussi l’un des derniers pays européens à reconnaître et à abolir l’esclavage. Elle en est aussi à sa cinquième république, si tant bien même que les mécanismes constitutionnels sont parfois souvent remis en cause. Il en est de même pour les autres pays européens. La Pologne a peut être l’une des premières constitutions, mais c’est le Royaume Uni qui expose en premier les principes de l’État de droit au sein de la Magna Carta, et dans tous les cas, les premières républiques existaient bien avant le mouvement de révolte européen, comme par exemple en Islande vis à vis du royaume danois. Au niveau international, la France a laissé une trace plus qu’indélébile dans ses anciennes colonies où la langue française reste souvent la seconde langue maternelle, le Royaume Uni avait aussi conquis presque la moitié de la planète, et ceux sont les pays colonisateurs qui ont mis eux même fin à toute cette extension lorsque survinrent les tensions issues des deux grands conflits mondiaux.

Par ailleurs, si en droit on créé une charte des droits de l’homme, où une déclaration commune des droits et libertés fondamentales, cela ne signifie en rien que ces droits sont respectés. Il n’existe pas de respect parfait des libertés fondamentaux, il s’agit plutôt d’un idéal, mais le monde se vit dans la réalité, pas dans les idées. Le respect des droits et libertés fondamentales se mesure comme sur une échelle où le degré atteint progresse en fonction de différents éléments, les principaux facteurs étant la culture d’une nation et son attachement à certains principes, ainsi que son niveau de développement économique.

Dans le cadre de la Chine, il y a un seul pouvoir unique qui empêche l’existence de tout autre parti politique et toute forme de protestation politique. Il est très important de distinguer ce qu’est la Chine, de son gouvernement, et des peuples qui la constituent. La Chine est un rassemblement de différents peuples liés à la culture chinoise, par des traits communs linguistiques, ainsi qu’une histoire commune. L’ensemble des chinois semblent tolérer le pouvoir communiste chinois dans la mesure où il essaie de promouvoir un certain degré de développement économique.

L’un des problèmes majeurs de ce pays, et passant bien avant la crise tibétaine, datant de deux décennies, alors que la crise tibétaine date de plusieurs décennies, ceux sont les contrastes de développement économique entre les différentes régions chinoises. Ceux sont ces contrastes qui peuvent appuyer des revendications d’autonomie. Entre temps, un gouvernement chinois, qui semble vouloir s’imposer et imposer sa politique, se doit de combler les différences de développement, et ce pour construire la Chine de demain.

Au niveau de la critique externe, il y a certes les partisans des droits de l’homme, provenant de pays privilégiés, ou encore où l’activité de protestation est souvent devenue un phénomène de mode. Néanmoins, la menace externe qui pèse éventuellement sur la Chine va bien au delà des protestations concernant les droits fondamentaux. Il s’agît du même genre de menace qui pèse sur la Russie et sur ses provinces orientales. A savoir, il est beaucoup plus intéressant pour une multinationale de s’imposer sur un petit État pour en exploiter les ressources plutôt que de devoir avoir affaire à un grand État. La Chine est en train de devenir une puissance mondiale économique incontestable, et c’est sûrement ce qu’on lui reproche le plus : de pouvoir disposer d’une certaine influence économique mondiale. Quand un agent prend une telle importance, la tentation de vouloir le faire dissoudre en une multitude de petits États, représentants les différentes régions chinoises, devient un devoir pour les puissances économiques concurrentes.

Ainsi, les principaux problèmes de la Chine ne concernent pas le Tibet, les revendications d’indépendance du Tibet proviennent plutôt des conséquences issues de ces problèmes. Ce pays a besoin d’un pouvoir fort pour maintenir la cohésion nationale et créer une entité géographique qui puisse disposer d’une certaine autonomie et indépendance. Le problème de ce pouvoir fort est qu’il ne se limite pas aux seules prérogatives régaliennes de l’État, à savoir la protection des individus et du territoire, mais qu’il déborde sur de nombreux domaines, y compris les droits d’expression, de participation politique, qui constituent un des champs appartenant à la sphère des droits fondamentaux. L’avenir de la Chine se doit de se faire en se développant sur des principes politiques démocratiques des nouveau siècles, et une Chine des régions, comme il existe de très nombreux États fédéraux, représente un modèle de développement durable.

Enfin, les jeux olympiques doivent laisser promouvoir les idées propres au sport, et non à la politique, il s’agît là aussi d’un idéal qui est loin d’être appliqué. La position de la Chine vis à vis des jeux olympiques, c’est d’avoir cru qu’elle allait pouvoir promouvoir une nouvelle publicité diplomatique de son pays. Les autorités chinoises ont elles mêmes anticipé l’organisation des jeux olympiques sur un fond politique, il est donc logique que l’opinion internationale fasse connaître sa position vis à vis de ce qui se passe en Chine. Il n’est donc pas souhaitable d’utiliser un tel événement sportif à des fins politiques, mais dès le début cette problématique était viciée parce qu’elle s’est faite pour des fins politiques. Nul doute que les tibétains allaient profiter de l’occasion...

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